Le couple qui guérit
- Anick Bastin
- 27 déc. 2025
- 4 min de lecture

Quel titre accrocheur ! Il me rappelle toutes ces occasions où j’ai tendu la main, sur une étagère ou un rayon de bibliothèque, dans l’espoir d’en savoir un peu plus sur les grands mystères qui occupent mon esprit : l’amour et les blessures. Le couple et ses impasses labyrinthiques dont on sent que l’issue est salvatrice.
Mais c’est où ? Et c’est pour quand ? Et si c’était cette fois ? Et si c’était à toujours recommencer… Et si la vie et l’amour étaient des espaces indéfinis, emplis de mystère et de flous.
Tenter une définition, au moins par expérience, nécessiterait un détour personnel. Et une fois n’est pas coutume, pourquoi ne pas en dire davantage sur les raisons qui m’amènent à approfondir à ce point la relation jusqu’à chercher et écrire sans relâche dès que j’en ai l’occasion. Décrire le feu qui m’anime à réveiller les passions d’entre les morts quand on vient me trouver, en panne de vie, en panne d’amour, en consultation au cabinet.
La réponse est immédiate : parce que j’en ai besoin. J'ai besoin de comprendre, d'observer, d'imaginer une autre histoire que celles qui finissent mal. Ré-aiguiller, essayer, tenter, observer, faire l'expérience du changement. Pour rester debout, pour y croire encore. Parce que si je me laisser aller à reproduire ce que j’ai reçu, je m’effondre.
Et nous sommes plusieurs dans ce cas. Nombreux d’entre nous ont besoin de remettre en perspective les héritages reçus. Qu’ils soient conscients ou inconscients, les bagages de l’enfance pèsent lourd dans l’équilibre fébrilement acquis d’une vie adulte. Ils ont besoin d'être ré-ouverts et de passer sous les rayons-x de notre volonté de nous réinventer.
Qui, une fois exposé à la liberté d’être, se retrouve avec aisance dans les lignes de plans qui se dessinent sous ses pas? Cette réflexion n’occupe t’elle pas la pensée depuis l’antiquité ? N’est-ce pas la réflexion la plus abordée parmi nos philosophes, nos spirituels, nos poètes, nos religieux, nos artistes et nos scientifiques? Comment vit-on son identité, sa différence et comment s’accorde-t’on avec son prochain, son environnement social, la société entière mais tout d’abord : de soi à soi et surtout… À cet autre qui un jour nous accroche le cœur?
Alors oui, je n’échappe pas à la règle : je m’interroge. Passionnée, souvent blessée, j’ai décidé un jour d’arrêter de me fuir et de regarder en face la responsabilité qu’était la mienne dans la répétition de scénarios jusqu’alors inconscients. Descente en enfer et paradis retrouvés sont les deux pendants de l’introspection. Goûter à des libérations et replonger dans des spirales vénéneuses, connaître le désespoir et toucher les cimes.
Mais un jour, sur ce chemin, j'ai cessé de me sentir seule. Et faire à deux, avec celui qui me voit telle que je suis et qui décide lui aussi de chercher à se définir à mes côtés tout en s’engageant à rester là, ça a bouleversé mes repères. Et elle se trouve là, ma définition de l'amour : dans la recherche, à deux, de se réconcilier avec soi. Et dans la célébration des espaces de paix retrouvée.
Les personnes qui partent vers cette destination sont comme des aventuriers : ils se jettent véritablement dans l’inconnu. L’un à l’autre ils s'exposent et s'expliquent, ils ne cherchent pas la réplique. Ils s'écoutent. En déposant les armes, ils acceptent leur plus grande vulnérabilité.
Ils se déclarent leur amour comme on s'invite au voyage :
« Viens !
Ça te dit qu’on se regarde vraiment ?
Tels qu’on est ? Ce qu’on fait ?
Ce qu’on pense, ce qui vit à l’intérieur sans qu’on s’en rende compte…
On écoute ces petits bruits… au lever du soleil et dans les pièces sombres.
On reste patients, surtout quand il fait noir.
Et on se tient la main en essayant d’avancer.
Surtout si c’est brumeux, s’il te plaît. Ne me laisse pas seul(e).
Et si ça brûle sous nos pieds on se reposera. On se fera confiance.
S’il le faut on fera des quarts dans la nuit : je te promets, je veillerai sur toi. Et toi, tu veilleras sur moi.
Après on pourra marcher de plus en plus léger, on n'aura plus peur. On aura fait le pire, on aura marché sur le feu.
Et je crois qu’on aura de nouveaux yeux.
Tu sais, je crois qu’il me faut de nouveaux yeux pour me réinventer un regard.
Et un nouveau corps aussi. Moins douloureux.
Un vaisseau tranquille et puissant, doux et géant pour recevoir tes caresses et nous emmener au bout de la terre, tout au bord des océans pour qu’on s’élève sur les vagues les plus hautes et qu’on atterrisse dans le pacifique. Là où tout est bleu comme on ne l’imagine même pas.
On aura notre paradis à nous, au bout des doigts, entre nos coeurs, juste là."
Une armistice de soi à soi, une déclaration de paix, une déclaration de vie après les deuils et le combat. Sortir des luttes qu'on a connues et s'établir dans un état où on se comprend, guéris et vivants.





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